mar 7 mar 2006
Barême des prix de vente et salaires pour 1919-1920
Par Jean-Noël Saintrapt in TAPISSERIE D'AUBUSSON← "Bord de Creuse, quartier de la Terrade", Crayon, Anonyme | De nouvelles factures.. →
Vers 1920, le syndicat des Ouvriers en Tapis et Tapisseries d'art d'Aubusson, dont nous avont déjà parlé ici et là, fixait les barèmes et tarifs de toute la profession. Chaque atelier signait un contrat s'engageant à respecter ces tarifs.
Nous verrons que cela ne se faisait pas sans mal, en attendant voici les minimums de salaire et prix de vente au mètre carré de tapisserie d'Aubusson pour l'année 1919-1920.
Un document exceptionnel pour la compréhension de la tapisserie et de la façon dont elle était gérée à Aubusson entre les deux guerres.


Le minimum salarial de 1920 est au passage un bon indicateur pour d'autres prix donnés sur site, mais attention, rares étaient les lissiers à travailler tous les jours.
Nous verrons que cela ne se faisait pas sans mal, en attendant voici les minimums de salaire et prix de vente au mètre carré de tapisserie d'Aubusson pour l'année 1919-1920.
Un document exceptionnel pour la compréhension de la tapisserie et de la façon dont elle était gérée à Aubusson entre les deux guerres.


Le minimum salarial de 1920 est au passage un bon indicateur pour d'autres prix donnés sur site, mais attention, rares étaient les lissiers à travailler tous les jours.


Le mardi 7 mars 2006 à 18:43
A quoi correspondent les portées ?
Le mardi 7 mars 2006 à 22:24
Ah ! c'est un métier, la tapisserie, hein ?
Allez on me reproche souvent de pas assez être didactique et ne de parler que pour les aubussonnais, alors ce soir, c'est cours de Tapisserie :
Pour tisser, sur un métier à Aubusson, on monte une "chaine".
c'est une nappe de fils de coton (la plupart du temps) qui va servir de trame à la tapisserie.
Cette "chaine" est plus ou moins fine selon la destination du tissage. C'est cette finesse qui s'exprime en "portée".
Une "portée", c'est combien de fois 12 fils sur 40 cm de "chaine". ces 40 cm sont appelé une "lame" (la mesure de 40 cm est spécifique à Aubusson, à Felletin par exemple elle était de 42).
Quand on parle de "10 portées", notre trame est constituée de 120 fils de coton sur une lame (40 cm).
Pour 20 portées, on aura le double de fils (240) sur la même mesure (une lame = 40cm)
Du coup, les fils seront beaucoup plus fins et on aura une tapisserie plus fine... mais la tapisserie montera beaucoup moins vite.
On voit sur le barême que la tapisserie de siège est tissée extrémement fine (je serais curieux de savoir si on tisse encore en 36 portées à Aubusson ;-)) alors que les verdures sont beaucoup plus grossières.
Voila encore de quoi voir les tapisseries autrement...
Au passage, vous remarquerez l'alinéa sur les "chairs" qui sont "à la charge du patron", on est bien dans une classification différente comme je le signalais ailleurs.
Le mercredi 8 mars 2006 à 08:25
Merci JN pour tes explications très claires !
Bon, vu le travail que c'est, c'est pas demain que je me met à la tapisserie !
Le mercredi 8 mars 2006 à 21:24
Pas la faire mais apprendre à la "lire", c'est important :
Une tapisserie, c'est vivant, ce n'est pas que la représentation d'une image.
Je vous donne une leçon de lecture à partir de la portée :
On l'a vu hier : on a une unité de 40 centimétres (la lame) et c'est aussi la place de travail d'un lissier pour qu'il ne gène pas son voisin de travail sur un métier à tisser.
Oui, la tapisserie se tisse sur un métier où travaillent plusieurs personnes, face chacun à une "lame" de 40 centimétres à faire avancer.
Tisser, c'est aussi un métier physique : faut tasser la laine sur la trame. Dans un atelier, ça tape à tout va.
Imaginez le type qui arrive fatigué au boulot, pas en forme, ou qui a picolé (Eh oui, on connait des tapisseries qui sont revenues plus chers en vins qu'en salaire à Aubusson.)
Imaginez une femme qui travaille à côté d'un homme ou le passage d'un gars à un autre sur la même lame...
Que de raison que la tapisserie ne monte pas pareil de lame en lame et que de raison de le voir...
La prochaine fois, devant une tapisserie, ouvrez grand vos mains, les pouces joints, (discrétement sinon on va vous regarder bizarrement), ça fait environ 40 cm et comptez le nombre de personnes qui ont travaillé dessus, regardez les passages où les lames se rejoignent..
Voila une belle façon d'entrer un peu dans l'atelier.
Encore une fois, la Tapisserie, ce n'est pas qu'une belle image de laine : c'est une empreinte de l'âme de toute une ville.